Article publié dans Le Monde du 15 Octobre 2006 Le terrorisme germe, pas toujours mais souvent, sur le terreau de la pauvreté. En récompensant du prix Nobel de la paix le professeur Muhammad Yunus, l'inventeur du microcrédit, le comité suédois a voulu montrer que "le développement social et économique à la base" en faveur des populations les plus déshéritées et les plus perméables aux idées violentes servait la paix. Muhammad Yunus a permis à des millions de personnes de sortir de la pauvreté. Il aurait pu recevoir le prix Nobel d'économie. En 1997, Bill Clinton, alors président des Etats-Unis, avait d'ailleurs évoqué la possibilité que cette distinction soit décernée au "microbanquier" bangladais. L'idée de créer des banques pour les pauvres, gérées par les pauvres et propriétés des pauvres, n'est pas nouvelle. Certains y ont songé à toutes les époques, notamment les précurseurs du socialisme, au début du XIXe siècle. En sont issues les nombreuses institutions mutualistes. Mais, pour les plus pauvres, personne n'était parvenu à trouver de mécanisme rentable. Professeur d'économie aux Etats-Unis, Muhammad Yunus revient en 1974 au Bangladesh, frappé par une immense famine. Il demande à ses étudiants d'interroger les 42 fabricants de tabourets en bambou de sa ville, Chittagong, pour savoir de combien ils ont besoin. Réponse : 27 dollars au total. Malgré la surprenante modicité de la somme, aucune banque ne leur prête, et ils sont victimes des usuriers. M. Yunus décide de leur avancer l'argent de sa poche. Ces minuscules prêts permettent d'acheter le stock de bambou, de produire et de rembourser à 100 % le professeur, à la stupéfaction des banquiers. L'idée du microcrédit est née. La moitié de la population mondiale n'a pas accès aux services bancaires. Leur prêter, c'est leur permettre de créer leur propre emploi, comme le souligne Jacques Attali, l'ancien conseiller de François Mitterrand, qui a beaucoup fait pour populariser la microfinance. Aujourd'hui, la Grameen Bank, fondée par le professeur Yunus, a six millions de clients, dont 96 % de femmes. Le concept s'est développé dans une quarantaine de pays, dont certains pays développés, comme la France, où il commence à être appliqué dans les quartiers difficiles. Une soixantaine de millions de personnes, dans le monde, bénéficieraient de ces microprêts. Le microcrédit n'est pas la solution miracle contre la pauvreté. Environ dix mille institutions de prêt existent dans le monde, mais, parce que les coûts de fonctionnement sont très élevés, très peu peuvent se passer de subventions. Néanmoins, un emprunteur fait vivre quatre personnes en moyenne, et les taux de remboursement sont bons. L'inventeur de la microfinance a bien oeuvré pour donner espoir aux malheureux. Le Monde.
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